Depuis le départ à la retraite du docteur Nicolas Galland, Pont-Péan ne compte plus qu’un seul médecin généraliste pour près de 4 500 habitants. Ce simple chiffre dit beaucoup. Il dit la réalité d’un territoire qui, comme tant d’autres en France, voit l’accès aux soins se compliquer, les délais s’allonger, et les habitants s’inquiéter.
Mais il dit aussi une autre chose : la commune ne peut pas tout, et il faut le dire clairement, sans détour, pour mieux comprendre où se situent nos leviers d’action.
Car le problème dépasse largement nos frontières communales. C’est un phénomène national, même structurel. La France vieillit, les besoins de santé augmentent, et les médecins partent plus vite qu’ils ne s’installent. Pendant des décennies, le fameux numerus clausus a limité le nombre d’étudiants en médecine — une mesure conçue à une époque où l’on craignait la surpopulation médicale, et non la pénurie. L’État a fini par supprimer ce dispositif en 2019, ouvrant enfin la voie à davantage de futurs médecins.
Mais voilà : former un généraliste prend près de dix ans. Autrement dit, ce n’est qu’à partir de 2026 ou 2027 qu’une vague de jeunes praticiens arrivera sur le marché du travail. La bonne nouvelle, c’est que l’offre médicale va progressivement se reconstituer. La moins bonne, c’est que ces jeunes médecins n’exerceront plus comme leurs aînés.
Le “médecin de famille” qui ne comptait pas ses heures, qui consultait sans rendez-vous et répondait au téléphone le week-end, n’existe quasiment plus. La nouvelle génération aspire à autre chose : travailler en équipe, dans des structures modernes, être salariée plutôt qu’indépendante, et préserver un équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Ce n’est ni un désengagement ni un manque de vocation — c’est une autre vision du métier, plus collective, plus équilibrée, et sans doute plus réaliste.
Cela oblige les communes à repenser leur approche. Attirer un médecin aujourd’hui, ce n’est plus seulement lui offrir un local ou une patientèle. C’est lui proposer un cadre de vie agréable, un environnement professionnel stimulant, et des conditions d’exercice compatibles avec son mode de vie.
À Pont-Péan, la situation est particulière : notre maison médicale est privée, ce qui limite l’action directe de la municipalité. Nous ne pouvons ni en maîtriser la gestion, ni en décider l’évolution. Mais cela ne veut pas dire que nous ne pouvons rien faire.
Nous pouvons, et nous devons, préparer l’avenir.
D’abord en créant les conditions matérielles d’une installation attractive : mettre à disposition un terrain communal, étudier la construction d’un local public adapté, ou faciliter les démarches d’installation. Ensuite, en renforçant l’attractivité de la commune : valoriser la qualité de vie, la richesse associative, l’accès aux services, la sécurité du quotidien (de plus en plus d’agressions signalées contre les professionnels de santé), la vie scolaire. Ces aspects comptent désormais autant qu’un cabinet bien équipé.
Nous devons aussi travailler en coopération avec nos partenaires : la Communauté de communes, le Département, la Région, et l’Agence régionale de santé. Ensemble, nous pouvons mobiliser les dispositifs d’aide à l’installation, accueillir des internes, ou réfléchir à des modèles de centres de santé où les médecins sont salariés.
Bref, créer les conditions plutôt que décréter la solution.
Mais soyons lucides : il y a des limites à l’action communale. Une commune ne peut ni obliger un médecin à s’installer, ni fixer leur nombre ou leur répartition. Elle ne peut pas non plus verser d’aides financières directes, ni créer seule un centre de santé sans autorisation de l’ARS. Ces décisions relèvent de l’État, de l’Assurance Maladie, et de la régulation nationale.
Alors, que faire ?
Anticiper, d’abord. La levée du numerus clausus produira ses effets bientôt : dans quelques années, de jeunes praticiens chercheront un territoire où exercer. Ils auront le choix, car toutes les communes environnantes connaissent la même situation. Ce sera la concurrence de l’attractivité, et Pont-Péan devra se montrer à la hauteur.
Cela signifie investir dans la qualité de vie, valoriser notre patrimoine naturel et minier unique, améliorer l’efficacité de nos services publics et préserver notre cadre-village. Être une commune où il fait bon vivre, mais aussi bon travailler. C’est ainsi que nous pourrons, demain, convaincre ces jeunes médecins de choisir Pont-Péan.
Le désert médical n’est pas une fatalité, à condition de s’y préparer dès aujourd’hui, avec lucidité et ambition.
Créer un cadre de vie accueillant, c’est aussi créer les conditions d’un accès aux soins durable et équitable pour tous. Et c’est, sans doute, la meilleure prescription pour notre avenir.
Et c’est cela, au fond, Aimer Pont-Péan :
prendre soin de notre cadre de vie, pour que demain, on puisse aussi y prendre soin de nous.
>>> Équipe Aimer Pont-Péan







